Le requin-baleine Milo revient toujours au large de Cancún malgré ses grands voyages
Suivi depuis 2017 et balisé cinq fois, ce mâle a sillonné l’Atlantique occidental avant de revenir sans cesse au large du Yucatán, près de Cancún.
En bref
- Milo est un requin-baleine mâle suivi par des scientifiques depuis 2017.
- Ses trajets ont touché les eaux des États-Unis, du Mexique, de Cuba, d’Haïti et des Bermudes.
- Une étude aérienne de 2009 a compté 420 requins-baleines au nord de Cancún.
- Les effectifs au large du Mexique, faibles en 2025, sont repartis à la hausse en 2026.
Aucun requin suivi par balise n’avait jusqu’ici couvert autant de distance : en dix ans, Milo a nagé 54 700 kilomètres dans l’Atlantique occidental. Ce mâle de l’espèce la plus grande des poissons détient désormais le record du plus long déplacement enregistré pour un requin, d’après les données de chercheurs américains relayées par Geo le 13 octobre 2026.
Un record bâti sur dix ans de balises
Pour reconstituer ce périple, les équipes de la Nova Southeastern University et du Guy Harvey Research Institute ont dû renouveler l’équipement de l’animal à plusieurs reprises. Une balise ne suffit pas à tout : chaque requin-baleine porte sur la peau un motif de taches qui lui est propre, une sorte d’empreinte digitale grâce à laquelle les scientifiques le reconnaissent d’une saison sur l’autre.
« Des études à long terme comme celles-ci sont essentielles pour mieux comprendre l’ensemble du cycle de vie de ces animaux à la grande longévité »
Guy Harvey, scientifique et fondateur de la Guy Harvey Foundation
D’une année à l’autre, des routes qui changent
Milo n’a jamais emprunté deux fois le même chemin. Certaines saisons l’ont entraîné vers le grand large, d’autres l’ont gardé près des côtes du golfe du Mexique.
- Escapade au cœur de l’Atlantique, bien au-delà des Bermudes.
- Retour vers le golfe du Mexique, le long du Mississippi et de la Louisiane, puis du Texas.
- Remontée au nord, au large de New York, jusqu’à la latitude du Massachusetts.
- Nouveaux passages dans le golfe avant de regagner les eaux mexicaines.
Pourquoi le Yucatán le fait toujours revenir
Malgré ces grands voyages, le requin retrouve régulièrement le même secteur, au large de la péninsule du Yucatán. Au nord de Cancún se forment chaque année des rassemblements saisonniers comptant parmi les plus fournis au monde pour l’espèce : un survol aérien réalisé en 2009 avait dénombré 420 individus sur environ 18 kilomètres carrés.
Les animaux peuvent y rester plusieurs mois. Ils y filtrent du zooplancton, des crevettes, des copépodes et des œufs de poissons, et partagent ces eaux avec des raies manta. Pour qui rêve d’une rencontre avec le plus gros poisson des océans, c’est donc l’une des zones de regroupement les plus denses connues.
« Milo a révélé à quel point les requins-baleines peuvent s’adapter, en montrant leur capacité à effectuer des migrations sur de très longues distances, jusque dans l’Atlantique, tout en pouvant rester plusieurs mois dans de petites zones »
Mahmood Shivji, directeur du Guy Harvey Research Institute
Une espèce menacée aux effectifs fluctuants
Le requin-baleine est classé parmi les espèces menacées, et ses migrations demeurent mal connues, ce qui donne tout son prix au suivi d’un même individu sur une décennie. Au large du Mexique, les comptages de 2025 se situaient nettement sous les niveaux habituels. Le rebond observé en 2026 est jugé encourageant, sans que la stabilité de la population soit pour autant assurée.
Photo : Emma Li / Pexels